Si les atteintes à la liberté de la presse sont rares en Mongolie, le gouvernement se sert toujours de la radiotélévision nationale comme un outil de propagande. D’autres méthodes, notamment la corruption, sont utilisées pour limiter les critiques contre les autorités.
Le Premier ministre Nambariin Enkhbayar contrôle toujours la radiotélévision nationale, seule à couvrir l’ensemble du territoire, et s’en sert pour promouvoir l’action du gouvernement et de son parti. L’opposition n’a qu’un accès limité aux programmes. "Je dois payer pour avoir mes interventions diffusées par la télévision. Et il leur arrive de refuser", a dénoncé un député d’opposition. Malgré la loi sur la presse de 1998, le gouvernement du Parti révolutionnaire du peuple mongol (ex-communiste) n’a pas procédé à une complète libéralisation des médias. Le projet de loi sur la radiotélévision publique est bloqué par le gouvernement depuis 2001. Par ailleurs, plusieurs observateurs soupçonnent le Premier ministre de corrompre des directeurs de médias et des journalistes, notamment à travers le Fonds public de soutien aux médias, dirigé par son épouse. Ainsi, un journaliste licencié en 2003 de la télévision privée Channel 25, après avoir enquêté sur la privatisation d’une banque publique, a révélé que la direction de la chaîne avait signé avec les services du Premier ministre un accord de coopération, en échange d’un soutien financier.
En province, il existe plus de trente journaux, vingt radios FM et vingt-six télévisions locales. Leurs moyens sont limités et elles doivent souvent faire face aux interventions des autorités locales. Début février 2003, le Bureau gouvernemental des médias a lancé une enquête sur la presse locale, en demandant aux autorités provinciales de remplir une fiche descriptive sur chaque média pour identifier son fondateur, sa fréquence, sa diffusion, l’identité des principaux membres de sa rédaction, sa ligne éditoriale, ses sources de financement et ses relations avec les autorités. Le quotidien d’opposition Udriin Sonin, qui a révélé cette mesure, a rappelé que la loi sur la presse interdit au gouvernement central ou provincial de détenir ou d’exercer un contrôle sur les médias. Il s’agissait, selon le journal, d’un "recensement politique" ordonné par le Premier ministre pour tenter de mieux surveiller les médias locaux jugés trop indépendants.
Le 25 avril, une plainte pour "diffamation" du Parti révolutionnaire du peuple mongol contre Gombo Dashrentsen, du quotidien Urdiin Sonin, a été transmise au procureur d’Oulan-Bator. Les responsables du parti au pouvoir demandent 300 millions de tugriks (plus de 220 000 euros) de dommages et intérêts. Le journaliste encourt une peine de six à huit mois de prison pour avoir mené une enquête sur l’utilisation frauduleuse de 200 millions de tugriks (près de 150 000 euros) de fonds publics. Il avait conclu que l’argent d’un projet de développement avait servi à accorder des prêts sans intérêts à des entreprises dont les dirigeants, notamment M.Terbiishdagva, vice-ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture de l’époque, auraient fait un usage privé. Lors d’un premier interrogatoire, les enquêteurs ont demandé à Gombo Dashrentsen de révéler les sources de ses enquêtes.