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18 mars : Le "dzud", une calamité pour les nomades mongols et leurs troupeaux
Avant d’être parcourue par des nomades, la steppe était habitée par des chasseurs et des agriculteurs, des sites archéologiques à l’est de la Mongolie en témoigne. Le mode de vie nomade ne s’est répandu qu’entre le VIIème et le Ier siècle avant notre ère. La culture des terres a même continué jusqu’à nos jours, mais l’élevage itinérant a dominé et avec lui la mobilité des éleveurs.
Dans l’ancienne Mongolie, les tribus faisaient paître les troupeaux dans les limites des terres collectives. Outrepasser ces limites conduisait à la guerre, et celle-ci était liée au contrôle de l’espace nomade. La constitution de confédérations permettait d’étendre ces limites, de contrôler les points d’eau importants, et d’avoir accès aux meilleurs terres. La notion d’unité nationale à l’intérieur de frontières délimitées et stables n’avait pas de sens en Asie Centrale, et les peuples turco-mongols constituaient des alliances mouvantes et temporaires entre tribus sur des territoires sur lesquels ils s’établissaient pour un temps plus ou moins long et dont ils avaient une vision dynamique et fluctuante. Le terme de surface n’existait pas dans la langue mongole.
Au sein de ces confédérations nomades, les tribus ou les clans d’origine et de langues différentes étaient intégrés soit par alliance, soit par la guerre, puis assimilés, et de ce fait vouloir déterminer l’origine ethnique des peuples nomades est bien souvent vain. Les confédération étaient baptisées du nom du clan dominant, et de cela les mongols en sont l’illustration.
Avant l’occupation mandchoue, des restrictions et un contrôle de la mobilité existaient de manière relative. Les chefs décidaient des dates de nomadisation et assignaient les patûrages sans en donner la propriété. Avec les mandchous, à partir du milieu du XVIIème siècle jusqu’en 1911, de nouvelles règles sont fixées. La terre est distribuée entre khan et noyon (seigneurs féodaux). 35 khoshuu ("bannières"), unités territoriales aux frontières fixes sont établies, tandis qu’un contrôle étroit des déplacements de la population mongole à l’intérieur de celles-ci la soumet à des contraintes plus sédentaires. De plus, les grands monastères bouddhistes obtiennent l’exclusivité de certaines terres de ces khoshuu.
Durant l’époque socialiste entre 1955 et 1959, le système des coopératives d’élevage se généralise, avec des plans quinquennaux. Deux types de propriété sont instaurés : les negdel pour l’élevage du bétail, et les fermes d’état, pour les terres agricoles avec des objectifs de productivité et de sédentarisation des éleveurs. La nomadisation est plannifiée sur des parcours pré-définis, chaque éleveurs se spécialise et ne possède que 20 à 30% du troupeau.
Mais deux siècles d’occupation mandchoue, puis soixante dix ans de collectisation socialiste, semblent ne pas avoir touché l’essence du pastoralisme nomade mongol. Les éleveurs sont redevenues propriétaires du bétail. Les citadins plus démunis lors des changement brutaux après la chute du mur de Berlin et le passage accéléré au capitalisme, subirent de plein fouet l’inflation, le marasme économique, et la dégradation du niveau de vie. Certains d’entre eux, phénomène unique "d’exode citadine" ont acheté du bétail et sont retournés au mode de vie nomade dans la steppe. La fabrication traditionnelle du feutre, des yourtes, la traction animale d’une aire de nomadisation à une autre permirent de pallier les carences de fuel.